Les enfants grandissent, et le roman suit les méandres capricieux, perplexes et mélancoliques du sentiment qui attire trois des garçons vers Judith, alors qu’elle s’efforce en vain de comprendre le lien, si lien il y a, qui la lie au quatrième, l’indéchiffrable et équivoque Roddy. A son enfance solitaire vont succéder trois années d’études à Cambridge, que voici évoquée, nocturne : « Ensuite, c’était la sortie dans une ville étrange absorbée par la brume. Des faces pâles, surprenantes, devenaient visibles en passant sous les lumières, puis s’évanouissaient. Les édifices montaient, sans forme, dans le ciel dense, décelés par des fenêtres vaguement éclairées et des lampes perdues au seuil des grandes portes. La vie de Cambridge était couverte d’un épais linceul ; mais sous ses plis, on la sentait frémir plus vivante que jamais ; étrangement pesants, des rires, des paroles tombaient des fenêtres ; on aurait dit que la ville, conviant ses enfants à dormir, avait tiré les rideaux, mais que par derrière, éveillés à l’heure du sommeil, ils continuaient de jouer ». Cambridge, où elle rencontre Jennifer, fantasque et radieuse amie passionnément aimée. A la fois subtile et naïve « Judy » à l’intuition toujours en éveil, et pourtant aveugle aux ambiguïtés de l’inclination sexuelle – laquelle on ne pouvait évoquer que par allusions, sans doute, dans l’Angleterre des années 20-30.

Poussière est une éducation sentimentale. C’est le livre d’une toute jeune femme, 26 ans, semble-t-il, lorsqu’elle publia ce premier roman. Et si le titre en dit assez la tristesse désenchantée, je l’ai quant à moi dévoré, envoûtée.