- cette dernière question m’a fait pouffer - . (…) Mais les choses se passèrent presque comme elles doivent le faire dans un roman bien composé. »
Tout est dans le « presque » en effet, parce que si cette fin n’est pas expédiée, au détriment du destin des personnages justement évoqués dans les questions prêtées au lecteur, et de tout ce que laissait attendre la construction antérieure du roman, je veux bien manger mon chapeau. Avec tout le respect que j’ai pour elle, Mary Webb semble là s’être carrément débarrassée de la plupart de ses personnages, pour ménager à l’arrache une fin heureuse qui aurait nécessité à mon avis quelques dizaines de pages supplémentaires. Roman séduisant donc, mais, sachez-le, raté quand même, et qui ne donne nullement le sentiment de plénitude que donne la lecture de Sarn. Il est dédié à Thomas Hardy, autre grand romancier de l’Angleterre ancestrale et rurale, pleine d’âpreté, de douleurs, de bible et de légendes, dont il faudra bien un jour que je chronique ici, sous la rubrique « Pavés » « Jude l’Obscur », ce sombre récit d’amour et de souffrance dont on retrouve quelques échos dans l’intrigue de Sept pour un secret.
Mais les surprises de la toile ? eh bien, cherchant quelques informations sur l’autrice en tapant « Seven for a secret », je suis tombée sur … Enid Blyton, car tel est en anglais le nom de son Clan des sept ! (le titre fait référence à une comptine, que voici :
I saw seven magpies on a tree
One for you and six for me
One for sorrow,
two for joy,
three for a girl,
four for a boy,
five for silver,
six for gold,
seven for a secret
never to be told...
j’ai vu sept pies sur un arbre / une pour vous et six pour moi / une pour la douleur / deux pour la joie / trois pour une fille / quatre pour un garçon / cinq pour de l’argent /six pour de l’or / sept pour un secret / qui n’a jamais été révélé
(ou plutôt qu’on ne doit jamais révéler, je cite la traduction de Maurice Rémon pour mon édition du roman de MW).
La comptine est citée en épigraphe du roman de Mary Webb. Amusante rencontre, qui donne tout à coup plus de profondeur à cette lecture d’enfance - qui d’ailleurs ne fut guère la mienne que par défaut, j’avais commencé direct par les Alice.
J’ai trouvé aussi d’autres romans portant en anglais le même titre (c’est possible, ça ???).
Et enfin, trouvaille non moins précieuse, j’ai appris que Claude Santelli, dont j’adorais les « Ami Maupassant » désormais introuvables, avait donné en 1968 ( !) un Sarn - avec entre autres Raymone (la compagne de Cendrars) - disponible en téléchargement pour 6 euros sur le site de l’INA. Bien d’autres précieux sortilèges donc autour de Mary Webb, dont j’ai trouvé aussi, dans un intéressant article que je ne vous conseille de lire qu’après le roman, l’origine de son titre : C’est dans le Paradise Lost de John Milton (1764) :
Let none admire
That riches grow in hell
That soil may best
Deserve the precious bane. (I, 690, 692)
Ce que traduisent ainsi :
L’abbé Delille :
Qu’on ne s’étonne point que l’enfer cache l’or /À quel sol convient mieux ce funeste trésor.
Et Chateaubriand :
Personne ne doit s'étonner si les richesses croissent dans l'Enfer : ce sol est le plus convenable au précieux poison.
À suivre, il me reste à relire La Renarde, roman cruel dont j’ai gardé un assez vif souvenir.
L’article évoqué est de Virginie Belser : Mary Webb : L’écriture contre la malédiction dans Precious Bane (Sources No 18, printemps 2005)
5 commentaires
Vous pouvez vous inscrire gratuitement pour laisser un commentaire ou recevoir nos prochains articles.