En gros, la consécration littéraire achetée à coups de références. Un auteur à clins d’œil, sans émancipation de ses modèles, sinon par ce décor de clichés pour touristes chics. Et quelques parenthèses "distantiatoires", humoristiques ? qui ne font sourire qu'une fois, parce qu'elles ne véhiculent, elles aussi, que du cliché "(mais tout le monde peut se tromper)" – un octosyllabe, quand même – et contribuent à l'atmosphère générale de remplissage tous azimuts. Plaisant aussi le nom de la maison de couture de Marie allons-y allons-o (et l'almanach du général Vermot s'invite à la fête, non que je le lui reproche, mais à quoi bon dans ce fatras sentimental ?)

Proust, oui, enfin... "Affolé de ce que je venais de faire d'avoir eu cette impulsion irrésistible d'emprunter l'escalier de secours pour accéder aux toits" - avec un "manteau noir-gris" à grandes ailes qui battent sensuellement ses jambes, (et ses pieds chaussés de rangers stylistiques) – de mémoire, je n'ai plus le bouquin.
"Une foule habituelle de vernissage avec plusieurs dizaines de personnes 'vivantes' qui se pressaient autour des oeuvres." ??

"Moi quand je suis déprimée, je me fais un œuf à la coque." Ça, c'est ce que déchiffre sur les lèvres de l'aimée le narrateur tout à coup devenu lecteur labial émérite, toujours écrasé sur son hublot (transformé en verrière type Grand Palais par les critiques du Masque) sur le toit du Contemporary Art Space de Shinagawa, et le lecteur de fondre devant cette enfantine manifestation d'ingénuité.

Et cette scène décisive, au café de la place Saint Sulpice :
... "lorsque le serveur revint avec les consommations, disposant les verres sur le guéridon et déposant une coupelle de chips sur la table, le regard de Marie se posa pensivement sur les chips, et, pour la première fois, alors, depuis son arrivée, je vis passer quelque chose qui s'apparentait à de la tendresse.
Elle attaqua les chips distraitement et les finit en moins de deux
."

Le roman s'achève, avec un frisson d'aventure, sur l'ile d'Elbe (voir plus haut), en proie à un incendie d'usine de chocolat artisanal, avec malfrats (mafieux ?) en vadrouille dans les parages du couple presque reconstitué autour d'un deuil. De la robe de miel meurtrière du prologue à la bruine de chocolat qui saupoudre dans l'épilogue le manteau de Marie, scellant son accord consubstantiel avec le cosmos, d'afféteries stylistiques en contorsions psychologiques, je me suis copieusement ennuyée. La réplique finale est digne, lointaine réminiscence, d'un roman de Delly. Après Lemaître, la boue gluante des tranchées et son feu d'artifice d'invention romanesque, la chute était rude, et franchement, amour fou pour amour fou, et emmerdeuse mondaine pour emmerdeuse mondaine, je préfère à Marie Madeleine Marguerite de Montalte les quelque mille pages du roman foisonnant, océanique, et si souvent drôle qui célèbre Ariane Cassandre Corisande d'Auble – encore un, damned ! qui n'est plus sur les étagères.