J’ai découvert ce texte adolescente dans l’anthologie de Seghers. Depuis, il ne m’a plus quittée. J’ai eu la chance de le voir « en vrai » : immense dépliant, poème tableau, ruissellement de couleurs « bariolé / comme ma vie », dit le poète. 449 vers, si j’ai bien compté, cet accordéon rythmique est hanté par le rythme du train, du monosyllabe au verset de plus de 50 syllabes, de Moscou à Kharbine puis à Paris, de l’adolescence tourmentée à un âge d’homme plus apaisé. Livre à voir, livre à dire, je l’offre aussi souvent que possible à des générations successives de jeunes gens, sans jamais m’en lasser, heureuse de le partager avec eux. Il y a dans ce poème une puissance lyrique et un RYTHME qui touchent, sans doute, à l’essentiel.
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Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare croustillé d'or,
Avec les grandes amandes des cathédrales, toutes blanches
Et l'or mielleux des cloches...
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode
J'avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s'envolaient sur la place
Et mes mains s'envolaient aussi avec des bruissements d'albatros
Et ceci, c'était les dernières réminiscences
Du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.

L'illustration, issue de la bibliothèque Doucet, reproduit l'exemplaire de Sonia Delaunay, plus clair que celui de Cendrars.
Le portrait est de Modigliani.