Gordien, sa femme, l’ex-esclave Bethesda qu’il a épousée pour que leur fille, Gordiane, alias Diane, naisse libre, et leurs deux fils adoptifs Meto et Eco (adoptés lors des précédentes intrigues), sont au cœur d’une enquête qui lie Dion, ex-maître en philosophie de Gordien à Alexandrie en sa jeunesse aventureuse, Clodia, et Caelius. Un grand mois avant le procès, pour élucider quelques ténébreux mystères, d’empoisonnements, en particulier. Avec, pour point culminant final, le procès de Caelius et le discours de Cicéron, remis en scène et en forme, comme dans chacun des romans. Ici, c’est délectable. Le discours de Cicéron pour Caelius, qui est une exécution en règle de Clodia, à grands coups d’insinuations, de bons mots, de sophismes et de ragots - mais la dame y prêtait semble-t-il le flanc – est d’une habileté, d’une malice, étincelantes. Non que cela flatte chez l’auditeur (le lecteur) les sentiments les plus élevés, bien au contraire, mais le romancier met au service de l’épisode, et de ses spirituels protagonistes, une érudition, une imagination et une plume digne de ses personnages. (Même si je suis certaine que Catulle n’a pas participé à la rédaction du discours !). 

Lequel Catulle, retraduit de l’anglais après l’avoir été du latin, un peu refondu aussi, ça fait bizarre.

En voici deux carmina, le premier dans la belle traduction de Pierre Feuga chez Orphée/ La Différence

NVLLI se dicit mulier mea nubere malle
       quam mihi, non si se Iuppiter ipse petat.
Dicit: sed mulier cupido quod dicit amanti,

       in uento et rapida scribere oportet aqua.

«  Je ne voudrais m’unir à nul autre que toi,
Pas même à Jupiter », dit la femme que j’aime,
Mais ce que femme dit à un amant épris,
Ecris-le sur le vent et sur l’onde qui fuit.


Ou dans le genre invective, ce poème cité par un de mes anciens lecteurs en commentaire il y a quelques jours. Cette fois, la traduction est celle d’Olivier Sers :

Ici, à moi, les hendécasyllabes!
Tous ici, de partout, tous autant que vous êtes!
Une obscène putain qui m'a pris pour pantin,
Prétend ne pas me rendre vos feuillets
Pour voir si vous allez vous laisser dépouiller!
Courons-lui sus et crions-lui après :

« Sale putain, rends les carnets,
Rends les carnets, salope de putain ! »
Vous demandez qui c'est? Cette orde tapineuse
Qui braille à grand fracas d'un rire de théâtre
Tout comme un chien gaulois ouvrant sa large gueule !
Faites la ronde autour et criez-lui après :
« Sale putain, rends les carnets,
Rends les carnets, salope de putain ! »
Elle s'en fiche? Ô gadoue, lupanar,
Ô plus infect s'il se pouvait !
À croire qu'on n'a pas crié assez !
Faisons plus, puisqu'il faut, pour que s'empourpre enfin
Cette face blindée, ce dur mufle de chien,
Et crions derechef, hurlons toujours plus fort :
« Sale putain, rends les carnets,
Rends les carnets, salope de putain !»
On perd son temps, elle ne bronche pas.
Il va falloir changer de style et de méthode,
Essayons pour voir si ça marchera mieux :
«  Rendez-nous les carnets, ô femme chaste et pure! »


C'est de Lesbia, bien sûr, qu'il est question ici, en vers hendécasyllabes inspirés de Sappho, la poétesse grecque à qui Catulle rend hommage en nommant de cette épithète sa bien-aimée, - ici passablement mise en pièces!

[1] Le nœud de Gordien, bien sûr, ou plutôt les nœuds, ceux de l’intrigue, comme ceux de son étrange famille.