J’arrête là. Ce bref texte en sept chapitres, dont les titres à l’ancienne sont les incipit, est une incantation magnifique, écrite dans une prose chatoyante, inventive, mêlant incongruité argotique et puissance lyrique. Une prose d'après Rimbaud. On y vit la rencontre avec Carjat, d’où naîtra « le portrait ovale » qui cristallise le mythe, ou le coup de pistolet de Mons, ou la composition, sanglotante, éperdue, dans un grenier de Roche en Ardennes, de la Saison, « entre le chant céleste et le blasphème », cependant que les moissonneurs trempaient leur pain dans un bol de café ou de vin. Les errances africaines aussi, et la scie des docteurs Nicolas et Pluyette en l’hôpital de Marseille.

Ce n’est peut-être pas vrai, ce qu’il suppose, Pierre Michon, de ce Rimbaud-le-fils possédé par la mère. Ce n’est en somme que la condition d’édition dans cette collection L’Un et l’Autre fondée par Pontalis chez Gallimard, d’investir ainsi un autre que l’on fait soi en quelque sorte, qui parle à travers soi. Mais vrai ou faux, on s’en fout, car ce Rimbaud-là est vivant, vibrant de justesse, d’« exultante certitude » en son incertitude. Je l’ai relu aussitôt que lu, entièrement et par fragments, avec reconnaissance.

Et j’aime aussi ce Rimbaud maladif, adolescent à la gueule de travers, tableau de Jef Rosman, où s’inscrit sur un paravent à la tête du lit le titre, qui est tout un récit : « Épilogue à la française. Portrait du Français Arthur Rimbaud blessé après boire par son intime le poète français Paul Verlaine. Sur nature par Jef Rosman. Chez Mme Pincemaille, marchande de tabac, rue des Bouchers à Bruxelles » (détail, précise la légende, Ancienne collection H. Matarasso).       

PS : Oh oh ! Une mine sur Rimbaud, ici, sur laquelle je tombe en cherchant le tableau de Jef Rosman, qui est au musée de Charleville. Particulièrement alléchant.