Quant à l’éditeur, Le Trotteur ailé (sorte de Pégase en plus rustique ?), si l’on ne peut que louer son initiative de rééditer des romans ancrés dans la Terre Picarde (autre titre de Lebesgue) – il s’agit de la collection « Lettres de Picardie » - comme la maquette des livres est laide ! couverture trop blanche, logo peu évocateur et dont les couleurs jurent avec le reste… l’ensemble n’est ni harmonieux, ni appétissant. Le site est ici

 Je ne vais pas finir sur une remarque grognonne. Voici pour ceux qui ignorent tout de Lebesgue, un poème dédié aux arbres, et quelques Haï kaï de sa façon. Et laissons-lui ainsi le mot de la fin.

 

LA FORÊT MUTILÉE

Chênes décapités, qui n’attendez que l’heure
De coucher sur le sol vos cadavres épais,
La guerre vous avait épargnés ; mais la paix
Veut boire votre sève encor vive et qui pleure
Sa peine de mourir aux touffes des muguets.

Squelettes d’un passé de merveille et dont l’ample
Féérie illuminait le cœur ensorcelé,
Vous me semblez, ce soir, les colonnes d’un temple
Dont les voûtes auraient croulé.

Et les larmes soudain me brûlent la paupière ;
Je maudis ce siècle de lucre où le Profit,
Sur les ruines de la vie, arme son lit
Et mure sa terreur en des cages de pierre.

Chênes décapités sous la lune d’hiver,
Vos troncs rugueux et durs enseignent le courage
Qui consiste à mourir debout, lorsque la rage
Des bourreaux de beauté sur nous brandit le fer.

Grands chênes douloureux, qui n’attendez que l’heure
De disparaître, et dont les bras portaient des nids,
Cette paix sans amour fait de vous des bannis,
Et le long de vos troncs la sève ardente pleure,
                  Chênes qu’un druide eût bénis.

Présages, ‘Étoiles à l’horizon’ - 1928

 

Le cornet de dragées (1946)

 A Anatole Devarenne (artiste peintre)

 Ces petits poèmes rustiques sont imités des Haï-kaï japonais de dix-sept syllabes.

 

LES MOIS

 FÉVRIER

 Neige fine aux branches
Et la lune sur les bois
Joli soir de noces !

 MARS

 Au fond du jardin
La lune à travers les branches :
Une rose-thé

MAI

Cette fleur errante
A quelle tige arrachée ?
C’est un papillon…

OCTOBRE

Cailles et perdrix
Se rappellent dans les chaumes
Après l’épouvante…

 NOVEMBRE

 Les corbeaux s’alignent
A travers les labours gris :
Mes pensées sont noires…

DECEMBRE

 L’orme au bord des plaines
Tend vers le ciel ses bras nus
Désespérément.

 A TRAVERS LA VIE

 Des prés, des taillis,
Des labours où le blé pousse :
Mon pays et moi…

Coule la rivière
En emportant des images,
Qui viennent du ciel….

 Quand l’orage accourt,
Les blés chuchotent de peur :
Je pense à la guerre…

 Cendres de Beauvais.
Regardons la Cathédrale
Monter vers le ciel !