Swift, se posant en philanthrope, évoque la situation catastrophique de l'Irlande, ravagée par la misère et la famine. Chiffres à l'appui, il propose la solution la plus rationnelle. C'est à la fois hilarant et suffocant. La voix docte et tranquille de « l’expert » soulignait la rationalité glaçante de ce délire d’économiste statisticien.

C’est un texte effrayant, où l’on éclate de rire à des horreurs et où l’on reconnaît avec quelque terreur bien des discours contemporains, seulement un peu poussés à leurs extrémités logiques ?
Je craignais le passage à la scène - j’ai trouvé que le texte y gagnait, simplement parce qu’on l’entendait.

En quelques pages (pour une soirée au théâtre, c’est peut-être un peu court) Swift en suggère bien plus, de façon bien plus effrayante, et en suscitant le rire, et pourtant s’agit-il encore d’humour noir ? cela a quelque chose de bien pire – bien plus donc que les neuf cents pages assommantes des Bienveillantes. D’un côté, un pavé indigeste et complaisant. De l’autre, une brève charge, brillante, dévastatrice, à tout jamais lancinante.

http://rocbo.chez-alice.fr/litter/swift/modestepropos.htm