Naît alors un étrange couple au village puis à Cagliari, l'homme communiste et athée, attentif et indifférent à sa femme, elle qui découvre la splendeur de la lumière sur le paysage de ville et de mer, la fraternité avec les voisins pauvres et chaleureux, une sexualité pour le moins excentrique… et qui perd tous ses bébés à cause du mal des pierres. Jusqu'à son départ sur le continent pour aller faire une cure, dans un endroit si dépourvu de charme et de soleil "qu'elle pense être arrivée dans l'au-delà", avant de croiser, le soir-même, le Rescapé avec sa jambe de bois.

Mêlant alors les fils de son histoire propre avec celle de la grand-mère, et la langue sarde (restituée telle que, dans son étrangeté radicale à qui connaît un peu d'italien - j'ai vu passer un verbe grec Macca esti , elle est folle -) avec la langue italienne, la narratrice, seule à entretenir avec sa grand-mère une relation d'harmonie et d'amour sans arrière-pensées, fait ressurgir autour d'elle son fils miraculeusement né et musicien, l'épouse d'icelui, l'autre grand-mère, Lia, murée dans son silence, son âpreté, son sens du devoir. Jusqu'à renouer et retisser tous les fils de sa généalogie et de sa géographie. C'est sobre, fantasque et drôle parfois, très "vocal" et intense. C'est beau. Lisez-le.