Le film de Dupeyron, que j’avais vu avant de lire le roman, concentre l’action autour de la vie à l’hôpital et du retour à la vie civile. C’est une adaptation très réussie, sans fioritures, sobrement mise en scène et interprétée. Le roman s’étend quant à lui jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. On y connaît donc le destin ultérieur des « héros », et la façon dont leur vie d’homme s’est poursuivie après la grande guerre. Romancier et réalisateur ont tous deux, l’un plus consciemment que l’autre, réglé une dette : j’avais entendu un jour François Dupeyron raconter comment, peut-être deux ans après le film, ayant récupéré les archives concernant son grand-père et son grand-oncle ( ?) morts pendant la première guerre mondiale, il s’était rendu au cimetière picard où ils étaient enterrés, et y avait passé l’après-midi entière à pleurer sous l’emprise d’un incoercible et surprenant chagrin, dont il avait ensuite compris qu’il était celui de sa grand-mère. Marc Dugain a, quant à lui, très délibérément transposé dans cette histoire celle de son grand-père dont il semble avoir été très proche : le roman, dont le héros s’appelle Adrien Fournier, est dédié à Eugène Fournier. Aucun pathos dans le roman comme dans le film. S’ils nous mettent parfois au bord des larmes, on y sourit aussi. Cette histoire de « greffe générale » (titre du journal édité dans la chambre des officiers) met en œuvre les vertus curatives du rire. Dans le monde grimaçant des gueules cassées, c’est le rire, précisément, ou au moins le sourire, qui les rend à l’humanité et nous les rend si proches.