D’où il ressort que la vie d’une famille de la classe moyenne réduite à des préoccupations strictement professionnelles et économiques n’est pas la vraie vie. Qu’elle empêche l’éclosion harmonieuse de ses enfants, qui poussent courbés, boutonneux, exclus, invisibles, acrimonieux. Obsédés par la baise, celle de leur femme (une charmante, généreuse, amoureuse, qui a quand même fini par se tirer au bout de vingt ans) et celle de toutes les autres, d’où d’interminables listes anatomico-érotiques. Seule issue, pour qui a été frustré de vie : le sexe, consommé et raconté. Qu’elle empêche même, en une sorte de malédiction socio-économique, la reconnaissance du talent de ses héritiers : devenu chanteur de rock, artiste, quoi, du vrai côté de la vie, le « héros » (le « personnage » ?) reste obscur, ignoré même des érudits du genre, avec ses cinq mille disques vendus en tout. Si bien que l’on accueille avec reconnaissance la diatribe – certes non moins fictive que le reste – de sa fille devenue adulte, pratique, pleine d’affection pour ses grands parents méprisés, contre son père dont elle partage au demeurant la capacité de rejet et l’art de l’invective.

Ouf ! j’ai fini. Pourquoi ai-je lu jusqu’au bout ? à cause du brio sans doute. Mais avec une question derrière la tête : l’art d’assaisonner le moi avec l’économique justifie-t-il une catharsis si amère pour le lecteur ? quand un bouquin colle la nausée au seul prétexte de manifester l’humeur et le talent conjugués de son auteur, est-il bien nécessaire ? Il y manquerait quelque chose. De la générosité, peut-être.