André Frédérique
Pharmacien poète, il façonne des suppositoires sur mesure, aux goûts de la clientèle : à la demande, il y introduit des messages, des billets galants, sur papier fin et indolore. Il fabrique aussi des jouets, mais si coupants et dangereux que les parents préfèrent ne pas les donner aux enfants. Alors lui-même joue tout seul avec les mots, il les passe au chinois, les tamise, en garde l’essentiel, la poudre fulminante. Des allumettes. Crac ! les mots font de petites flammes bleues. Son rêve ? La transformation, pour la prochaine Exposition universelle, de la tour Eiffel en un gigantesque mannequin du Pétomane haut de 300 mètres, que le mécanisme compliqué de la soufflerie fera péter vingt-quatre fois par jour, pour donner l’heure aux Parisiens.

Ou encore :
Le mur blanc

Devant le grand mur blanc où elles se sont blessées, deux ombres à toute allure passées.
— Pourquoi, dit la plus frêle (en japonais), étions nous venues habiter Hiroshima ? n’aurions-nous pas dû rester plutôt dans la ville où tu naquis, Nagasaki ?
L’autre se tait, glisse sur le mur aveuglant, et s’évanouit.