J’ai toujours beaucoup aimé les liserons, et, malgré mon respect pour les livres, je ne me décide pas à les traiter de pharbitis mâles et de batatas. Il y en avait dans le jardin où je passai mon enfance et les premières années de ma jeunesse, nid de fleurs où je vis éclore les premières fleurs de mon âme : les unes et les autres sont restées sacrées pour moi.

Cette plante qui grimpe et se pend aux murailles,
Et comme un réseau vert, entrelace ses mailles
De feuilles et de fleurs, c’est le frais liseron,
C’est le volubilis aux clochettes sans nombre.
Le matin, dès le jour, ses cloches d’un bleu sombre,
Chantent une chanson.

Une chanson d’amour, bien naïve et bien tendre,
Que je fis certain jour que j’étais à l’attendre
Sous un arbre……………………………..
(…)

Le liseron, aux belles cloches blanches, violettes et roses, s’appelait aussi volubilis ; on lui a imposé, du moins à quelques-uns, le nom d’ipomées ; c’était moins doux, moins joli, mais on s’y accoutumait, on le prononçait encore assez facilement. Le liseron s’appelle maintenant pharbitis ! jamais je ne sèmerai de pharbitis dans mon jardin. J’ai fait autrefois des vers sur certains liserons qui grimpaient après une haie d’un jardin où j’avais vingt ans : faites donc des vers sur les pharbitis ! (Les Fleurs – 1861)

Je reparlerai quand j’en aurai le temps d’Alphonse Karr, auteur d’un Voyage autour de mon jardin, qui a écrit les textes des Fleurs Animées de Granville. Pour l’heure, laissons-le batailler contre les botanistes et autres classificateurs : il est grand temps que j’aille assaisonner mes batatas - en salade, et sans bougies.