Rôle que semble jouer le personnage à l’égard de sa nièce, Laura, interprétée donc par Agathe Bonitzer, dont la voix contant un rêve prémonitoire ouvre le film. Car Laura a un père (Didier Sandre, comme fossilisé), frère de Marianne, riche et puissant industriel ébranlé dans sa réputation par un scandale écologique, et une mère, une sorte de bimbo vieillissante et entièrement refaite, qui ne lui donnent guère d’attention. Aussi entretient-elle avec sa tante des relations quasi filiales. En face d’elle, son prince charmant, Sandro, le fils – non désiré – de Pierre/Bacri et de son ex-épouse, une tenancière de café terriblement nunuche. Lui est un beau jeune homme, compositeur doué – et bègue. Il veille sur sa mère – qu’il ramène à minuit de son café, abandonnant sa Cendrillon et perdant une chaussure (Sandr-illon) -, et entretient avec son père – lui-même fraîchement orphelin de son propre père – des relations difficiles. Mais voilà que l’idylle entre les jeunes gens est brisée par la rencontre entre Laura et un grand méchant loup nommé Wolf (des fois que...), le voisin de sa tante. C’est là que la « marraine » devient franchement défaillante, et que la spectatrice que je suis commence à sérieusement tiquer. Car enfin, le loup Wolf conduit gentiment, perversement, sadiquement, avec indifférence, la jeune Laura à sa perte. Et la tante s’en fout ! elle favorise même le pas de côté de sa nièce, contemplant avec complaisance une illusoire prise d’indépendance dont elle-même n’a jamais été capable. Il y a, symboliquement,  de l’inceste partout dans ce film : entre Marianne et son frère : agissant comme la mère de sa fille, elle se pose en épouse de son frère. Entre Laura et son père, très œdipiennement. Entre Sandro et sa mère, face à un père absent. Du coup, les adultes se comportent comme des enfants, et ce sont les enfants qui trinquent, y compris « esthétiquement ». A la fin du film, Marianne triomphe médiocrement, couronnée d’enfants dans sa petite pièce de patronage, reine un peu mûre d’un univers infantile, cependant que Laura reste seule, toute fissurée par sa descente aux Enfers, et que le « carton » final dégonfle pour le spectateur le tout neuf amour de Sandro. Comme si Marianne/Jaoui se posait, non seulement en personnage principal, mais encore en  narratrice omnisciente et omnipotente du destin voué à l’effilochement de ses personnages. En vérité, elle tient beaucoup trop de place dans ce film, et le personnage comme le message sont trop minces pour qu’elle puisse y résister. Tout est soigné, travaillé, intentionnel, léché. Il y a, paradoxalement, des répliques plus que cinglantes - cruelles, et drôles. Mais s’il s’agit de nous dire que nos existences sont vouées à l’incohérence, et qu’il est bien naïf de croire aux contes, on aurait pu s’en charger tous seuls, non ? Le conte, si illusoire soit-il, a une visée formatrice, si l’on sait faire la part des choses. Celle du film serait plutôt dissolvante. Amours, amitiés, rien n’y est pris au sérieux. Il reste un message d’inconsistance généralisée, de labilité universelle, dont pourtant ni la forme ni les personnages n’ont grand-chose de shakespearien. Life is a tale, told by an idiot, .... signifying nothing. En fait de Conte Cruel, celui-ci, comme le sourire inaltérable de Marianne, a quelque chose de terriblement guimauve.