« ORONTE

 S’il faut qu’une attente éternelle
Pousse à bout, l’ardeur de mon zèle,
Le trépas sera mon recours.
Vos soins ne m’en peuvent distraire
Belle Philis, on désespère,
Alors qu’on espère toujours.

PHILINTE

 La chute en est jolie, amoureuse, admirable.

ALCESTE, bas.

 La peste de ta chute ! Empoisonneur au diable
En eusses-tu fait une à te casser le nez ! »

Marinisme, un terme donc connoté péjorativement, même si après rapide promenade sur la toile en quête de quelque citation possible, je découvre ici dans un article passionnant des passages d’une poésie scientifique pleine de souffle qui m’évoque Lucrèce. Impossible au demeurant de trouver quelque extrait de l’Adonis (45000 vers !!! C’est torrentiel ! celui de La Fontaine fait 595 vers…) sur la toile, hormis l’article précité et ce passage de la Préface aux Œuvres de la Fontaine, par Henri Régnier, (1883), relevé ici.

« Quant à Marini, nous dirons quelques mots de la publication de son poème et du prodigieux succès qu'il obtint, de l'étonnant enthousiasme qu'il excita. C'est pendant son séjour à Paris, où il avait été pensionné par Marie de Médicis, qu'il composa et dédia à cette reine son Adone en vingt chants, publié la même année à Paris et à Venise (1623), vrai chef-d'œuvre de mauvais goût, alambiqué, fardé, pomponné, semé de pointes, de concetti, d'antithèses, de clinquant, de faux brillants. ‘‘Je ne vous parle pas, dit le P. Bouhours, du cavalier Marin, qui fait des descriptions si riantes, et qui appelle la rose l'œil du printemps, la prunelle de l'Amour, la pourpre des prairies, la fleur des autres fleurs; le rossignol, une voix em-plumée, un son volant, une plume harmonieuse; les étoiles, les lampes d'or du firmament, les flambeaux des funérailles du jour, les miroirs du monde et de la nature, les fleurs immortelles des campagnes célestes. Je ne parle pas, dis-je, du Marin, qui fait profession de s'égayer et de s'amuser partout.’’ (in « Manière de bien penser dans les ouvrages d'esprit, IIIe dialogue, Paris, 1691, in-12, p. 392-393.)

Le Cavalier  fut aussi, excusez du peu, le protecteur de Poussin, rencontré à Rome, et qui illustra son Adonis.

Le dictionnaire électronique précise que le terme « mariniste (2)»  a parfois le sens de « peintre de marines ». On le trouve chez Huysmans, qui s’y connaissait en afféteries de style.

Je me demande si ces deux sens, quoique d’emplois limités, ne suffisent pas à ce mot, sans le voir alourdi, dévoyé de connotations politiques passablement nationalistes. Après tout, le Cavalier était un étranger introduit à la cour d’une étrangère ! Je doute que la dame qui se l’est arrogé ignore ce détournement de sens. Il serait bienvenu que ceux qui lui emboîtent le pas ne lui donnent pas la caution de l’usage.

Laissons le mot de la fin au bon Théophile, qui, dans Le Capitaine Fracasse, a si bien su ressusciter l’esprit et la saveur, l'odeur, de cette lointaine époque.

« - Sigognac, vous me fâchez par ces discours, dit Isabelle en faisant au Baron une petite moue plus gracieuse que le plus charmant sourire ; car, malgré elle, son âme était inondée de joie à ces protestations d’un amour qu’aucune froideur ne rebutait.

Ils firent quelques pas sans se parler ; Sigognac, en insistant davantage, craignait de déplaire à celle qu’il aimait plus que sa vie. Tout à coup Isabelle lui quitta brusquement la main et courut vers le bord de la route avec un cri d’enfant et une légèreté de biche.

Elle venait, sur le revers d’un fossé, au pied d’un chêne, parmi les feuilles sèches entassées par l’hiver, d’apercevoir une violette, la première de l’année à coup sûr, car on n’était encore qu’au mois de février ; elle s’agenouilla, écarta délicatement les feuilles mortes et les brins d’herbe, coupa de son ongle la frêle tige et revint avec la fleurette plus contente que si elle eût trouvé une agrafe de pierreries oubliée dans la mousse par une princesse.

«  Voyez, comme elle est mignonne, dit-elle, en la montrant à Sigognac, avec ses feuilles à peine dépliées à ce premier rayon de soleil.

-          Ça n’est pas le soleil, répondit Sigognac, c’est votre regard qui l’a fait éclore. Sa fleur a précisément la nuance de vos prunelles.

-          Son parfum ne se répand pas, parce qu’elle a froid, reprit Isabelle, en mettant dans sa gorgerette la fleur frileuse. Au bout de quelques minutes elle la reprit, la respira longuement, et la tendit à Sigognac, après y avoir mis furtivement un baiser.

« Comme elle fleure bon, maintenant ! la chaleur de mon sein lui fait exhaler sa petite âme de fleur timide et modeste.

-          Vous l’avez parfumée, répondit Sigognac, portant la violette à ses lèvres pour y prendre le baiser d’Isabelle ; cette délicate et suave odeur n’a rien de terrestre.

-          Ah ! le méchant, fit Isabelle, je lui donne à la bonne franquette une fleur à sentir, et le voilà qui aiguise des concetti en style marinesque, comme si au lieu d’être sur un grand chemin il coquetait dans la ruelle de quelque illustre précieuse. Il n’y a pas moyen d’y tenir ; à toute parole, même la plus simple du monde, il répond par un madrigal ! »

Théophile Gautier, Le Capitaine Fracasse, 1863.